Des gens ordinaires

Ces mois de mai et juin sont riches en festivals de photographie en Occitanie avec notamment “Images Singulières” à Sète et MAP à Toulouse.

J’ai visité Sète fin mai et les expositions MAP du musée Paul Dupuy ces jours ci. Il me semble y déceler un lien qui tient à la peinture d’existences de gens ordinaires, sous deux aspects : dans leur vie quotidienne et “banale” à Sète, celle du travail ou de l’ambition personnelle; dans leur vie fantasmée, accaparée par des rêves plus grands qu’eux et parfois éculés, à Paul Dupuy.

La tête d’affiche de cette édition d’Images Singulières est Anne Rearick, photographe américaine “humaniste”, en résidence pour l’année. Elle en tire une exposition magnifique dans la chapelle du quartier haut visitée au moment du vernissage où tout Sète semblait s’être donné rendez-vous : normal, les Sétois en sont le sujet dans des images humanistes donc, classiques, en noir et blanc, carrées, équilibrées, empathiques et toujours captivantes. Le catalogue du festival en rend compte simplement et joliment.

Aux entrepots Larosa, “La France Vue d’Ici”, à l’initiative du festival et de Mediapart documente la vie des gens de ce pays. Depuis les ouvriers de chez Peugeot (“La Peuge”, superbe), ou ceux de la mer – dont un des portraits sensible, une madone en ciré blanc, fait la couverture du catalogue – depuis encore  les choix de vie peu communs de jeunes bergers ou d’un séminariste, en passant par les difficultés rencontrées dans un lycée professionnel, mais aussi, dans un entrepôt voisin, par les photos du quotidien ardu de vieux paysans accrochés à leurs campagnes désolées, cette promenade française fait écho aux problèmes qui font régulièrement l’actualité : la désindustrialisation, la disparition des services et des hommes de nos campagnes, ou bien, vision plus optimiste, au désir des gens d’ici de réinvestir leur territoire, ce qui fait finalement qu’un espace géographique est un pays.

Du travail, il est aussi question dans les magnifiques portraits d’ouvriers des années 30 par François Kollar proposés à la maison de l’image documentaire, ceux-ci accomplissant de jeter un pont entre les difficultés, les incertitudes et la fierté des gens d’aujourd’hui avec ceux d’hier.

A Toulouse, des gens simples s’inventent une vie extraordinaire en se conformant à des rêves plutôt communs finalement : des loubards des années 70, reportage noir et blanc traditionnel, posent toutes bananes dehors, cuir sur le dos, rockers américains assis entre le vaisselier et la table familiale ornée de sa bouteille de gros rouge; les danceurs rétro du sous-sol, habillés de paillettes désuètes, s’extirpent de leur ordinaire dans un décor kitch de série télévisée, lumières dures et colorées; même ces jeunes gens d’aujourd’hui libres et légers, sillonnant nus les Etats Unis dans un imaginaire de road movie à la Kerouac n’évitent aucun des clichés romantiques auxquels on s’attend : couchers de soleil, grands espaces, rides à moto ou en fourgon; les Etats Unis à nouveau avec ces portraits dans des rues et des quartiers probablement assez difficiles mais dont les couleurs criardes rappellent l’espoir de la réussite à l’américaine (à rapprocher d’une série d’images de rues parisiennes en couleur à Sète, l’une d’elles faisant l’affiche du festival); et  aussi cette courte série qui documente l’adoption de bébés de cire aussi vrais que nature et peut-être, allez savoir – je ne suis qu’un mec – souligne un rêve assez irrationnel et là aussi plutôt courant.

Pour finir, au bout du 2e étage, une bonne surprise, dans une exposition qui semble évoquer (je n’ai pas lu la description choisissant de me laisser porter) côté cour, côté ombre, dans des tirages volontairement assombris, un traumatisme passé et de l’autre côté de la cloison, côté soleil, côté clair, avec des images normalement tirées, les signes d’une résilience.

Sète clôturait aujourd’hui. MAP continue jusqu’au 30 juin, d’autres expositions sont hébergées par le musée G. Labit et tout est gratuit.

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2 Commentaires sur "Des gens ordinaires"

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monique Serin
Invité

Merci Sylvain pour tes commentaires et tes photos
Cela donne envie d’aller voir ces expo mais aussi de rêver à ces personnages évoqués, à ces lieux tristes égayés brusquement par un trait de couleur .

Viviane
Invité

Image 3 de Mèze : parallèle très réussi entre l’ombre du photographe et celle du palmier, à chacun son sac et son chapeau !!! Et quel contraste heureux avec les couleurs du sable, du ciel et de la mer ! Bravo Sylvain !

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