“Depardon est un très mauvais photographe…”

C’était pendant un atelier (prononcer Workshop) à Arles, le seul auquel j’ai assisté jusqu’à présent. Le thème en était le reportage. L’animateur, un jeune homme à la mode, ancien élève de l’école d’Arles, se foutait dans le fond de l’intitulé du stage et du programme qu’on nous avait vendu.

A un moment donné, j’ai dû parler de Depardon. “Depardon est un très mauvais photographe !”, m’a-t-il asséné. Les jugements définitifs sont toujours surprenants. Son goût allait surtout vers la photo contemporaine, plus moderne, plus elliptique. C’est tout à fait respectable mais est-ce que ça doit exclure les autres formes de photographie ? On ne dit pas, “la bûche à la crème au beurre, c’est mauvais”, mais “je n’aime pas la bûche à la crème au beurre”… Pourtant… 😕

Arles, 2013

Evidemment, chez Depardon, on n’est ni dans la prouesse, ni dans l’image plasticienne. Il montre un point de vue, un état d’âme et surtout tire un fil entre son histoire personnelle, celle d’un fils de paysan qui n’en revient pas d’avoir quitté la ferme, et l’image qu’il fera. Ses parents, dit-il, avaient compris avant lui qu’il ne reprendrait pas l’exploitation. Son oeuvre puise souvent à cette source là. Je ne sais pas s’il existe une entrevue de lui qui n’y fasse pas référence.

Mon professeur du week-end lui reprochait sa série, photographiée à la chambre, qui documentait ces provinces françaises qui s’étiolent. “C’est la France des années 60” avait-il dédaigné. C’est une France qui disparaît en effet, un retour sur lui (il est né en 42), sur les siens, un souvenir, cela n’a rien d’indigne.

Reporter de guerre, paparazzi, politique, documentaire, cinéma,  patron d’agence, Depardon a tout fait. Et même du reportage sportif.

C’est là que je voulais en venir.

Le dernier album de RSF est consacré à ses images faites lors des jeux olympiques de 1964 à 1972. Moi, je trouve que c’est toujours bien de voir cet événement gigantesque à travers le regard d’un gosse de paysan. Et justement ses photos d’action sportive ne révèlent pas me semble-t-il un grand intérêt pour les disciplines en question et paraissent même un peu datées. Ca n’est pas là qu’il a fait sa carrière d’ailleurs. Par contre, tout ce qui touche au documentaire, aux à-côtés, là où se trouve sa véritable inclination, est admirablement montré avec cette distance, pudique et souvent assez éloignée, par laquelle il se singularise.

On trouve cet album chez tous les marchands de journaux.

Deux de ces livres sont dédicacés par le maître, devineras-tu lesquels 😉 ?

Quelques références :

Depardon, c’est au moins un livre par an. D’ailleurs, un nouveau livre vient de paraître. Pas de nouveautés en terme d’images mais la réalisation est superbe et on a droit à un entretien de plusieurs pages. Alors…

A se procurer à tout prix, “La Terre des Paysans”.

Le film “Journal de France” (2015) retrace son voyage à travers la France et s’entrecoupe de retours sur l’ensemble de sa carrière.

France Culture a récemment proposé une série de 2 émissions d’entretien avec Raymond Depardon.

etc.

Si vous avez eu le courage de lire jusque là, bravo ! Passez de bonnes fêtes de fin d’année (vous et ceux qui se sont arrêtés avant, vous leur direz 😉 ) et à l’année prochaine.

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